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Le pôle de compétitivité Minalogic réajuste son tir

Filière électronique>France>Recherche et développement>Stratégie>Politique>Formation>
11/02/2008 10:04:30 :
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br> Le pôle de compétitivité Minalogic, à Grenoble, sans doute le plus important pôle de compétitivité de France pour l’électronique, fonctionne à plein régime : en deux ans d’existence, le nombre de ses membres est passé de 52 à 115, dont 79 entreprises et 13 centres de recherche ; 73 projets (sur 113 ayant reçu le label du pôle) ont à ce jour reçu 315,5 M€ de financement, dont 189 M€ de l’ex-AII, 70,1 M€ de la DGE et des collectivités locales, 43,3 M€ de l’ANR et 12,7 M€ d’Oseo.

Son succès ne doit pas, toutefois, se mesurer en termes de financements, mais plutôt sur le long terme, en termes de retombées économiques pour ses entreprises et la région. D’où une ouverture de ses responsables à d’éventuelles remises en cause des orientations choisies à l’origine. Cette ouverture s’est concrétisée vendredi dernier par une réunion des adhérents sur le site de Minatec dans le cadre de tables rondes. Conclusion : satisfaction générale et volonté de poursuivre, mais en renforçant les actions logiciels embarqués, les ouvertures à l’international, et surtout en impliquant plus les intégrateurs des technologies développées au sein du pôle. Le tout sur fond de cri d’alarme pour trouver des « talents ».

Florilège de remarques faites lors de ces tables rondes, remarques sans doute aussi valables pour de nombreux autres pôles de compétitivité français :

« Minalogic, ce n’est pas une machine à gratter de la subvention. Nous sommes un écosystème qui devrait pouvoir fonctionner même sans subvention. Les financements nous font progresser plus vite, ce qui est très important. Mais méfions-nous des situations artificielles ». Eric Pilaud, Président du pôle Minalogic, a ainsi planté le décor lors de l’ouverture de ces tables rondes, avec une assurance et une conviction méritoires. Est-il suivi par ses troupes sur ce thème ? Officiellement, oui. Officieusement aussi pour de nombreuses sociétés dont Schneider Electric, société à laquelle il appartient. Mais difficile de cacher par exemple qu’une PME a quitté Minatec « parce que le montant des subventions obtenues ne justifiait pas le temps passé dans les réunions ». Difficile aussi d’empêcher Dolphin Integration de déclarer durant une table ronde : « Depuis que Minalogic existe, nous n’avons jamais obtenu autant d’aides. Grâce à Minalogic, il est beaucoup plus simple d’être financé ». Le cri du cœur !

Mais Eric Pilaud, on l’aura compris, préfère, et de loin, s’intéresser à la vision qu’il a de ce pôle, un pôle technologique ET industriel, soulignant ainsi implicitement que disposer de belles technologies, c’est bien, mais de les retrouver dans des produits industriels, c’est mieux, en particulier pour le développement des entreprises de la région. Et de préciser la nature des produits industriels à développer : « Nous ne pouvons pas nous battre sur les gros volumes, mais sur des produits à forte valeur ajoutée dont nous devons savoir baisser les coûts très vite. Il nous faut avoir « une génération de puce d’avance » dans nos produits finis et s’en servir de levier d’intelligence. Cela peut permettre en outre de greffer des services autour des produits ».

Clin d’œil à l’intérêt du pôle pour les PME de la région : « Dans le cadre du dernier appel d’offres, 41% des financements sont revenus à des labos, 33% à des PME, et seulement 26% à des grands groupes. 86% des PME de Minalogic considèrent que le pôle leur est utile, contre 29% pour la moyenne nationale » s’est félicité Eric Pilaud.

Que les participants aux tables rondes se soient montrés très satisfaits d’appartenir au Pôle n’a guère surpris (sinon, ils n’y auraient pas participé). Mais les organisateurs de la manifestation ont eu le courage de demander que les aspects négatifs soient aussi évoqués « Il y a encore trop de laboratoires non impliqués dans les projets » a ainsi regretté Carole Silvy, de l’INPG. « Il faut plus lier le pôle aux applications des technologies que nous développons et aux nouveaux usages », a relevé Jean-Christophe Hutt de Schneider Electric. Tronics a même été plus loin : « Que fait Minalogic pour nous trouver des clients ? ». Et Dolphin Integration de surenchérir : « Minalogic n’aide pas à vendre nos solutions technologiques »

Eric Dupont Nivet, interface de Minalogic à la DGE, a par ailleurs suggéré que Minalogic ne se compare pas à d’autres pôles nationaux « mais aux meilleurs pôles de la planète ». Dominique Thomas, de STMicroelectronics, a aussi appelé de ses vœux une vision plus internationale pour le pôle qui doit dans ce cadre « servir de tremplin » ; il souhaite par ailleurs « plus d’aides pour s’assurer de la viabilité des projets ». Il a aussi noté que la région ne capte pas toujours les implantations étrangères qu’elle devrait capter et qu’il conviendrait d’en examiner les raisons. Laurent Malier, directeur du Leti, a par ailleurs fait remarquer « que l’international ne doit pas faire oublier les autres pôles de compétitivité français. La naissance des pôles a eu pour conséquence d’éloigner certains acteurs de différentes régions qui, autrefois, travaillaient peut être plus ensemble ».

Eric Pilaud, Président du pôle, est revenu pour sa part sur le danger couru par le pays si les Pouvoirs publics ne s’intéressent plus qu’aux PME [comme certains discours officiels le font comprendre]. « Ce n’est pas en décourageant nos champions nationaux que l’on favorisera les PME. Les grands groupes sont déjà très tentés de délocaliser leur stratégie d’innovation. Il serait peu opportun de leur donner des arguments supplémentaires pour le faire ».

Retenons enfin que de nombreuses autres interventions auront eu en toile de fond une préoccupation fondamentale : « notre plus gros enjeu, c’est notre capacité à attirer les talents ». Avec une conclusion très naturelle mais qui représente plus qu’un programme national à elle toute seule : « il faut remotiver nos jeunes à s’intéresser à nos technologies. Notre système de formation ne produit plus assez de talents ». Sogetti a même déclaré : « Si l’on va en Inde aujourd’hui, ce n’est plus parce que c’est moins cher. C’est d’abord parce que nous ne trouvons plus en France les compétences dont nous avons besoin ».
DM

ÉDITION du 11/02/2008
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