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Colloque de la FIEN : « la production est au cœur de l’innovation »

Filière électronique>Production>Stratégie>Politique>
10/06/2009 14:08:49 :

Conserver une production rentable de fiches banane en France, c’est possible : le colloque la FIEN, organisé la semaine dernière dans le cadre du SERI, Salon Européen de la Recherche & de l’Innovation, a démontré par l’exemple que la production est au cœur de l’innovation et qu’encourager l’innovation par tous les (bons) moyens au sein de l’entreprise permet de conserver des emplois dans l’Hexagone ; des initiatives qui mériteraient d’être davantage soutenues par les pouvoirs publics.

« L’innovation est une invention qui a rencontré le marché », déclarait récemment Patrick Bertrand, président de l’AFDEL, Association Française des Editeurs de Logiciels, lors des Assises de la FIEEC. Une devise qu’a fait sienne Pierre Bigot, directeur des opérations industrielles de Radiall et président du SNESE, le syndicat français des sous-traitants. Son intervention au colloque la FIEN a électrisé l’auditoire (malheureusement trop clairsemé) en donnant des exemples concrets d’innovation dans la production et l’organisation industrielle qui permettent de gagner des marchés et de préserver l’emploi dans l’Hexagone. Et le directeur industriel de donner l’exemple d’un produit de connectique de Radiall vendu 2 euros l’unité et qui perdait de l’argent. La décision avait pratiquement été prise d’arrêter le produit. Mais Pierre Bigot a relevé le défi, mobilisant dans un brainstorming de deux jours tous les fonctions de l’entreprise de la R&D au SAV, en passant par les méthodes, la production et les achats. Résultat : des solutions ont été trouvées pour abaisser le coût du composant de 10%, en réduire le nombre de pièces de 30% et en diviser par deux le temps d’assemblage. Une meilleure qualité du produit et des plages de fonctionnement étendues ont même permis d’en relever le prix. Autre exemple concret : la production de fiches bananes, -produit banalisé s’il en est-, qui mobilise aujourd’hui chez Radiall une équipe de 7 personnes en France, qui s’occupe de tout de A à Z (réception des matières, prises de commandes, fabrication, livraisons, SAV). Résultat : cette intimité avec le client final permet de mieux le servir et d’être plus réactif à ses desiderata, avec la clé une production conservée en France pour un produit de « commodité » et un chiffre d’affaires non négligeable de 1 million d’euros pour un effectif de 7 personnes. Cette « intimité avec le client, qui est le véritable moteur de l’innovation, comme en témoigne le succès de la Wii face à la PS3, alors que le contenu technologique de la console de jeu de Nintendo est moins innovant que celle de Sony », Pierre Bigot souhaite l’inculquer à l’ensemble des personnels de l’usine, chacun devant se demander : « Quel est mon client ? Qu’attend-il de moi ? ». Une approche qui passe par le décloisonnement des fonctions de l’entreprise et un management participatif, en abattant les cloisons entre les services de R&D, conception, méthodes, achats, fabrication, livraisons, ventes, SAV, etc. Pas un concept, mais une réalisation « physique » qui « oblige » tous les personnels du site à passer par le même couloir : « le boulevard de l’innovation » où sont judicieusement affichés au vu de tous les problèmes à résoudre de chaque service et les progrès accomplis.

Joseph Puzo, p-dg d’Axon Cable, acquiesce, soulignant qu’en matière d’innovation, la boîte à idées est une …
 
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mauvaise idée, car elle isole les solutions de chaque innovateur. Or, une innovation n’est réellement productive que si elle est réalisée « en meute », chacun apportant à l’autre ses idées et ses solutions. Autres conseils du p-dg : il faut que le p-dg soit impliqué dans l’innovation, de mêmes que les commerciaux et il faut lancer le plus d’innovations, le plus vite possible, plutôt que d’attendre une hypothétique « killer innovation »… Bien souvent dans ces PME, le procédé de fabrication est inventé en même temps que le produit. Et Joseph Puzo d’illustrer son propos, indiquant par exemple, que pour un produit pourtant breveté vendu 20 centimes d’euros, il a fallu développer en interne une machine de production coûtant 1,5 million d’euros, pour assurer une fabrication rentable du composant.

Gilles Benhamou, p-dg du groupe de sous-traitance Asteel Flash (environ 5000 personnes pour un CA de l’ordre de 700 M$) illustre pour sa part la nécessité de l’industrialisation et de la production pour rendre l’innovation « faisable ». Et de citer l’exemple d’un fabricant de composants américain qui confie au sous-traitant ses nouveaux produits pour en améliorer l’industrialisation dans des cartes en en corrigeant les caractéristiques par interaction avant de les lancer sur le marché : « ce travail mobilise chez nous en interne 50 personnes en NPI (New Product Introduction) et coûte au fournisseur 4 millions de dollars par an ; il ne dépenserait pas cet argent, si cela n’était pas absolument indispensable », confie le p-dg. Gilles Benhamou, convaincu qu’innovation et production sont intimement liés, a par ailleurs dénoncé l’hypocrisie qui veut que les mêmes gens demandent à la fois de l’intelligence de proximité et des coûts les plus faibles possibles : « Il n’y aura pas d’innovation sans production de proximité. Croyez-vous réellement qu’une start-up française innovante puisse passer commande et obtenir 50 prototypes en Chine ? »

C’est pourquoi les industriels de la filière électronique et numérique réunis autour de Bernard Bismuth, président de la FIEN, souhaiteraient faire passer le message auprès des pouvoirs publics que l’innovation n’est pas seulement dans le produit, mais aussi dans la façon de le produire. « Une première étape serait qu’une innovation de production puisse être éligible au crédit d’impôt recherche, qu’il faudrait d’ailleurs mieux rebaptiser crédit d’impôt innovation pour affirmer que la production est au cœur de l’innovation », espère Pierre Bigot.

Pierre Bigot, président du SNESE, vice-président de la FIEN


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ÉDITION du 10/06/2009
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