Mardi 19 Octobre @ VIPress.netBranle bas de combat pour sauver le circuit imprimé français
« La profession est passée au-delà du raisonnable, de tous les points de vue » estime Bruno Cassin, p-dg d’Elvia PCB ; « nous sommes face à un risque de disparition de la profession » déplore de son côté Jean Pierre Lucas, président de la section circuits imprimés du Gixel : la sonnette d’alarme a été tirée dans un climat électrique, hier (18 octobre), dans les locaux de la FIEEC, à l’occasion de la première convention organisée par la section circuits imprimés du Gixel.
Le titre de la convention, « le circuit imprimé, composant stratégique ? » mais surtout le malaise général ressenti par tous les acteurs entourant cette profession en danger, auront en tout cas réuni plus de cent participants. Des fabricants de circuits imprimés, certes, mais aussi et surtout leurs plus grands donneurs d’ordres français ainsi que des représentants des Pouvoirs Publics. Conclusion : oui, le circuit imprimé est stratégique. Non, la situation n’est peut-être pas désespérée. Mais tous les acteurs concernés devront donner du leur, fournisseurs comme donneurs d’ordres, pour normaliser des relations d’affaires difficiles.
Les problèmes de la profession du circuit imprimé ne sont pas nouveaux : dès que les séries demandées sont quelque peu conséquentes, les affaires partent chez les concurrents asiatiques par manque de compétitivité des productions françaises. Et il n’y a plus rien à faire pour sauver la donne dans ce cas-là. La situation est la même en Allemagne et aux Etats Unis (bien qu’Outre Atlantique un protectionnisme bien organisé puisse sauver certains fabricants). Résultat : en 1985, il existait 250 fabricants de circuits imprimés en France. En 2010, ils sont dix fois moins, et la décroissance continue. Selon Bernard Bismuth, consultant qui a introduit cette journée et animé les débats, en 2010, le marché du circuit imprimé mondial sera de 2,2 milliards d’euros. 6% seulement reviendront aux productions européennes et seulement 8% de ces 6% reviendront aux fournisseurs français…
Pourtant le circuit imprimé et en particulier le circuit imprimé français est stratégique pour nos donneurs d’ordres: tous les intervenants des secteurs professionnels présents se sont en tout cas exprimés en ce sens. Les bonnes raisons ont fusé de tous les côtés lors de la convention: maîtrise des délais, spécificités des demandes, technicités particulières (par exemple en thermique), possibilité d’obtenir rapidement des protos ou des petites quantités, sécurisation de la propriété intellectuelle, assurance qualité, modifications possibles des demandes, combinaisons technologiques sur un même circuit (logique+ puissance par exemple)… Mais tout le monde veut des prix écrasés. Et là, les fabricants de circuits imprimés crient casse cou, même s’ils acceptent parfois ce qu’ils ne devraient pas accepter. Philippe Broussard, directeur général de Cofidur, à la fois acheteur de circuits imprimés pour son activité sous-traitance et producteur au travers de sa filiale Tech-CI, a ainsi avoué : « en tant qu’EMS, j’achète Français le moins cher possible, en sachant que j’appauvris la filière ; mais, ce n’est pas pour faire de la marge, c’est pour prendre des affaires que, sinon, nous n’aurions pas ». « Nous parvenons à maintenir à flot notre outil industriel en circuits imprimés, grâce à nos achats en Asie », a-t-il admis. Cofidur achète ainsi pour 5,5 millions d’euros de circuits imprimés par an, dont 0,5 M€ directement en Chine, et 2 millions chez Tech-CI, qui « source » lui-même pour 1 M€ en Asie.
L’amertume des fabricants de circuits vis-à-vis de leurs clients a d’ailleurs éclaté au grand jour lors de cette convention : Vahé Chahinian, pdg de Cibel, regrette ainsi que, depuis l’externalisation des activités circuits imprimés des grands groupes, vers 1985, le rôle de codéveloppeur des fabricants de circuits imprimés (choix des substrats, études des lignes à impédance contrôlée…) ne soit pas assez valorisé : « nous devons apporter des savoir- faire mais nous contenter ensuite de petites séries de fabrication peu rémunératrices». Alors qu’il nous faudrait au contraire une forte rentabilité pour pouvoir investir en R et D et en équipements. Bruno Cassin d’Elvia PCB , fait le même constat : « nous ne pouvons pas amortir nos coûts de développements par des volumes de production. La filière n’a pas encore admis qu’il fallait raisonner en coût global, tout compris ».
Les donneurs d’ordres présents n’ont pas nié le problème. « Je vous assure que l’on est conscient des difficultés. Cette profession ne doit pas disparaître. On en a besoin » a ainsi déclaré Didier Katenmayer, Head of Tests & Electronics Manufacturing Procurement chez Airbus. Mme Catherine Munier, Technologies and Reliability of Electronics chez EADS a confirmé: “Nous avons perdu des savoir-faire dans ces domaines. Chacun son métier. Il nous faut des partenariats. Qualité et délais [des productions françaises] font réduire nos coûts de possession ».
Pierre Lewandowski, Expert technologies d’assemblage et d’intégration électronique chez Continental Automotive a toutefois ramené le débat aux réalités du secteur automobile : « Nous ne ferons fabriquer en Europe que pour les protos et les petites séries » a-t-il déclaré.
Cette convention aura eu le mérite de ne pas tomber dans le piège d’une énumération de plaintes. Elle a su évoquer des solutions, déjà partiellement évoquées, d’ailleurs, dans les propos précédents.
« La profession doit se regrouper pour être plus forte face à ses clients » a ainsi suggéré Xavier Grison, responsable du pôle matériaux composants à la DGA. « Il vous faut une masse critique en matière d’investissements et de R et D ». Bruno Cassin (Elvia PCB) est sur la même longueur d’onde : « Il nous faut nous consolider, mutualiser, travailler ensemble, réunir nos R et D. Nous sommes trop isolés ». Et d’ajouter : « Il nous faut aussi nous faire reconnaître par les Etats Majors de nos donneurs d’ordres et proposer des chartes de travail ». Lucien Traon, président de Protechno, a également évoqué de possibles collaborations avec la recherche académique pour tout ce qui est amont. Mais il a suggéré également que des donneurs d’ordres mutualisent certains problèmes techniques, par exemple en thermique. Ce qui va d’ailleurs dans le même sens qu’une démarche amorcée par le groupe de travail « circuits imprimés » du Gifas : David Manteigas, président de ce groupe, a révélé lors de la convention qu’un guide avec spécifications d’approvisionnement communes y était en cours d’élaboration. (Les membres du Gifas commandent 60 à 70M€ de circuits imprimés par an). Mais Il a aussi estimé que des regroupements seraient de toute façon inéluctables dans la profession. Notons enfin que Richard Crétier, délégué général du Snese, a suggéré que les EMS et les fabricants de circuits imprimés travaillent ensemble non pas sur les prix, mais sur les coûts.
Conclusion unanime en tout cas des fabricants de circuits imprimés : la profession, sans la collaboration des donneurs d’ordres, ne pourra pas grand’chose. Et comme le fait remarquer Bruno Cassin, 10% de moins d’importations de circuits imprimés en France, ce serait 20% de plus de chiffre d’affaires pour la profession. L’heure est désormais à la concertation pour redresser la situation.
JPDM
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