L'essentiel Jeudi 26 Octobre @ VIPress.netL’industrie du semiconducteur sous l’influence des nouveaux clients pauvres et des financiers exigeants
Alors que les grands soubresauts des cycles de l’industrie du semiconducteur semblent désormais appartenir à un autre âge et que cette industrie, devenue mature, peut espérer des croissances raisonnables au cours des toutes prochaines années (nous y reviendrons demain), elle se trouve aujourd’hui confrontée à deux défis majeurs : répondre à la baisse des prix structurelle liée à la demande spécifique des pays émergeants (la part croissante des téléphones mobiles à bas coût par rapport aux mobiles haut de gamme constitue aujourd’hui l’exemple le plus criant de ce phénomène) et faire face aux appétits des fonds privés d’investissement qui entendent bien dicter leur loi.
Tel est le principal enseignement du 10e sommet de la microélectronique organisé par le Sitelesc qui s’est tenu hier à Paris. Outre les traditionnelles présentations sur l’innovation, l’une des interventions les plus remarquées aura été sans conteste celle de Jérôme Ramel, analyste financier chez Ixis Securities, qui a tenté de se mettre à place des fonds privés d’investissements qui ont récemment mis la main sur Freescale et Philips Semiconductors (devenu NXP ) pour voir ce qu’ils allaient faire.
Reconnaissant que les analystes financiers n’avaient rien vu venir et qu’ils boudaient depuis la crise de 2000 les actions des entreprises du semiconducteur privilégiant les entreprises fabless et les fondeurs aux autres valeurs, il s’est interrogé pour comprendre pourquoi ces fonds ont accepté de payer environ 30% de plus que leurs cours de Bourse ces deux grandes entreprises généralistes. Il semble que d’une manière générale les entreprises du semiconducteur aient trop d’argent qui dort (un cash net de plus de 37 milliards de dollars pour les 30 premières d’entre elles à la fin du 2e trimestre) et que leur structure financière ne soit pas assez efficace pour satisfaire leurs actionnaires. Persuadé que ces fonds sortiront d’ici quelques années du capital de ces entreprises pour empocher une plus-value, Jérôme Ramel estime que pour NXP cela pourra se faire par une introduction en Bourse et pour Freescale par une vente par appartements (comme cela a été fait pour l’ancienne activité semiconducteurs d’Agilent devenue Avago) ou par une fusion avec un autre acteur. En clair, ces opérations auront une influence sur l’ensemble de l’industrie du semiconducteur et en appellent sans doute d’autres. Mais avant la sortie des fonds, il faudra générer beaucoup de cash flow pour rembourser les dettes liées au financement de ces LBO. Des coupes claires dans les investissements et les dépenses de R&D ne sont donc pas exclure, prévient l’analyste financier.
Autre phénomène récent : la déconnexion entre le taux d’utilisation des capacités de production des usines et l’évolution du prix moyen des composants. Autrefois, quand les usines étaient saturées, le prix des circuits s’envolait. Ce n’est plus le cas depuis le 2e trimestre 2005, assure Bill McClean, président de la société d’études IC Insights qui remarque que si les taux d’utilisation des capacités de production des usines sont très élevés depuis cette date, les prix sont en revanche orientés à la baisse. L’analyste y voit la confirmation de la fin de l’ère du tout technologique. En clair, la baisse des prix des systèmes prime sur les performances et il n’est plus rare d’intégrer des composants de « génération précédente » dans des appareils grand public de large volume. Finie la course aux GHz dans les PC, par exemple. Cette baisse des prix ne s’accompagne pas pour autant d’une baisse des bénéfices des fabricants de puces. Au contraire. IC Insights y voit le signe d’une plus grande utilisations des fabs 200m largement amorties et du passage combiné au 300 mm qui permet de réduire les coûts par circuit.
Jean-Philippe Dauvin, Chief Economist chez STMicroelectronics, rejoint indirectement la vision de Bill McClean en mettant l’accent dans sa présentation sur l’importance croissante des nouveaux consommateurs des pays émergeants. Quand, en Europe, les usagers passent de la 2G à la 3G, en Chine, en Inde ou en Indonésie, la population en est bien souvent à acheter son premier mobile. Or, le contenu semiconducteur d’un mobile 2G d’entrée de gamme est aujourd’hui de 34 dollars, alors qu’il atteint 125 dollars pour un 3G haut de gamme. Et l’essentiel de la croissance du marché des mobiles concerne les terminaux d’entrée de gamme pour les marché émergeants. Le phénomène n’est pas près de s’arrêter. En 2011, 52% du marché mondial du semiconducteur (qui atteindra alors 350 milliards de dollars) se fera en Asie, contre 16% chacun pour les grands blocs occidentaux (Amérique, Japon, Europe), prévient l’économiste, même si le pouvoir de conception restera très largement au sein de ces trois blocs. En conséquence, Jean-Philippe Dauvin en appelle à un sursaut de « notre industrie qui a perdu de sa créativité et qui n’exploite pas son formidable potentiel, engoncée dans des structures trop rigides ». Un reproche qui vaut pour le marketing (adressez-vous à la Sécurité Sociale pour développer le marché du médical et pas seulement aux fabricants de matériels !), l’organisation industrielle (être ou ne pas être fabless, telle n’est pas la seule question !) ou la formation des hommes (une trop large place faite aux ingénieurs).
Didier Lamouche, p-dg de Bull et ancien président d’Altis Semiconductor, est venu clore cette journée en insistant sur les similitudes entre l’industrie du semiconducteur et celle des technologies de l’information. Expliquant que Bull a su sortir la tête de l’eau et revenir dans la course aux performances en faisant appel aux logiciels Open Source et aux standards, assemblant, industrialisant et testant des blocs de logiciels libres développés par d’autres, il a incité les industriels à ne pas rater la vague des prochaines alliances de consolidation et d’adopter une culture centrée sur les services et non plus sur les produits. « Apprenez à commercialiser auprès d’autres industries votre expertise en matière de gestion des rendements, d’optimisation des surfaces de production, de conception, ... Ces services représenteront une part importante de vos revenus d’ici moins de 10 ans ». Finalement, le Sommet du Sitelesc s’est donné un coup de jeune pour ses dix ans.
Motorola s’intéresse aux mobiles de Sagem
« Mon premier choix, lorsque je regarde une acquisition, est de voir si je peux me renforcer en France. De ce fait, nous avons un sérieux intérêt pour Sagem. C'est une option pour l'industrie qui est en train de se consolider... Je ne sais pas encore si nous la saisirons », déclare ce matin au Figaro, Ronald Garriques, numéro deux de Motorola. Saluant la qualité des ingénieurs en France, Motorola fait de l’Europe sa priorité en matière d’acquisition et rappelle les acquisitions effectuées sur le Vieux Continent au cours des dernières années : les équipes de R&D de Mitsubishi Rennes, celles de BenQ au Danemark, le développeur de logiciels britannique TTP Com, ainsi que le fabricant de mobiles Sendo.
A la suite de cette déclaration, le groupe Safran fait remarquer que l’éventualité d’un rapprochement de Sagem avec un autre acteur n’est qu’une piste, parmi d’autres, pour assurer l’avenir de cette activité et que dans le contexte actuel, Motorola reste un concurrent de Sagem. Le groupe français « note néanmoins avec satisfaction qu’un des plus grands acteurs du marché des télécommunications reconnaît publiquement la qualité et le professionnalisme des équipes de son activité téléphonie mobile ».
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